En 1845, l’économiste Frédéric Bastiat publiait l’un des pamphlets les plus célèbres de l’histoire économique : la « Pétition des fabricants de chandelles ». Dans cette satire mordante, les industriels de l’éclairage imploraient le gouvernement de bloquer toutes les fenêtres et lucarnes du pays. Leur ennemi ? Un concurrent étranger inondant le marché avec une lumière gratuite à un prix défiant toute concurrence : le Soleil.
Leur argument était simple : en empêchant le soleil d’entrer, on forcerait la consommation de bougies, stimulant ainsi l’agriculture et l’industrie nationale. L’absurdité de la demande servait à illustrer une vérité économique fondamentale : refuser l’efficacité et l’abondance sous prétexte de protéger des emplois existants est un non-sens qui appauvrit la société.
Aujourd’hui, près de deux siècles plus tard, l’Intelligence Artificielle (IA) est notre nouveau soleil. Et sans surprise, les « fabricants de chandelles » modernes sont de retour. On entend les appels à la régulation, au ralentissement, voire à l’interdiction, motivés par la peur que cette nouvelle efficacité ne détruise le tissu du travail humain.
Pourtant, cette crainte repose sur une prémisse erronée.
Il est temps de dissiper un mythe tenace : l’IA ne vous volera pas votre emploi.
La technologie reste un outil, inerte sans l’impulsion humaine. La véritable menace pour celui qui refuse d’évoluer n’est pas l’algorithme, mais la concurrence humaine. La réalité brute est la suivante : vous ne perdrez pas votre emploi au profit de l’IA, mais au profit de quelqu’un qui utilise l’IA mieux que vous.
C’est une distinction capitale. Nous assistons à un phénomène d’effet de levier. De la même manière que l’opérateur de pelle mécanique a rendu obsolète le terrassier armé d’une simple pelle, le professionnel « augmenté » par l’IA surclasse celui qui s’obstine à travailler avec les méthodes d’hier. Ce n’est pas une question de remplacement de l’humain, mais de décuplement de ses capacités.
Dans mon quotidien d’administratrice système, je ne vois pas l’IA comme un remplaçant, mais comme un accélérateur. Elle prend en charge la redondance, la syntaxe, la recherche brute, me libérant ainsi du temps pour l’analyse stratégique, la créativité et la prise de décision complexe. Ceux qui intègrent ces outils ne travaillent pas moins ; ils travaillent mieux, plus vite et avec une portée plus grande.
L’histoire nous a donné raison contre les fabricants de chandelles. Nous n’avons pas banni le soleil, et la société ne s’est pas effondrée. Au contraire, la lumière a permis de nouvelles activités. De la même façon, chercher à « fermer les rideaux » sur l’IA par peur du changement est une stratégie perdante.
L’avenir n’appartient pas à ceux qui protègent le statu quo, mais à ceux qui apprennent à canaliser cette nouvelle lumière. Ne craignez pas l’outil ; craignez de rester celui qui fabrique des chandelles en plein midi.
