L’écosystème open source, autrefois le bastion ultime de l’indépendance d’esprit et de la collaboration volontaire, est en train de subir un détournement idéologique sans précédent. On assiste présentement à une tentative de hijacking de la part d’une frange radicalisée qui ne cherche plus à bâtir du bon code, mais à imposer un dogme. Le récent tollé soulevé dans les médias indépendants, documenté notamment par Bryan Lunduke ce mois-ci, met en lumière une citation qui donne froid dans le dos : des figures de proue liées à GNOME, à Elementary OS et à la Software Freedom Conservancy endossent désormais publiquement le slogan « Fuck Open Source ».
Leur revendication est claire et terrifiante de conformisme. Ils rejettent le terme « open source » pour exiger un logiciel libre qui soit explicitement « anti-fasciste, féministe, anti-raciste, inclusif LGBTQ+, anti-capitaliste, anti-impérialiste et anti-IA générative ». Sous l’apparence d’une croisade pour la vertu, c’est l’installation d’une véritable police politique qui se déploie.
L’inquisition par les Codes de conduite
Si on analyse la situation avec une logique stricte — celle-là même qui est requise pour maintenir des systèmes informatiques fonctionnels —, la contradiction est monumentale. Ces leaders prêchent pour un logiciel « sans hiérarchie » et se drapent dans la vertu de l’inclusion, mais ils érigent simultanément des structures de pouvoir hyper-centralisées et coercitives.
Les Codes de conduite, qui devaient servir de règlements de civilité de base, ont été transformés en armes de destruction massive contre la dissidence. Si un développeur s’oppose à leur doctrine ou refuse de se plier à la pensée de groupe, il est purgé, banni des dépôts et excommunié des fondations. On ne juge plus l’individu sur son talent, la rigueur de ses commits ou son respect des droits d’autrui, mais sur sa soumission à une orthodoxie politique binaire. La collectivité écrase l’individu, et la méritocratie est sacrifiée sur l’autel de la rectitude morale.
La réalité du terrain : Le code se fout de la politique
La rectitude politique n’a aucune valeur technique de production. Dans la vraie vie, quand on déploie des services web derrières des reverse proxies sur un domaine comme sandmarq.ca, ou qu’on scripte dans Neovim sous un environnement Arch Linux comme Omarchy Quatro, la seule métrique qui compte est implacable : est-ce que ça marche ?
Un processeur se contrefiche des convictions idéologiques de celui qui a écrit la boucle de contrôle. Une infrastructure réseau n’est pas « anti-capitaliste » ou « pro-impérialiste » ; elle est stable ou elle plante. En forçant l’intrusion de la politique dans la technique, ces comités directeurs créent de l’anomie. Ils polluent les relations interpersonnelles avec des filtres dogmatiques qui rendent la collaboration impossible pour quiconque possède un besoin viscéral de cohérence et de logique.
Le naufrage et l’hypocrisie de la presse technologique
Le plus choquant dans cette dérive, c’est le silence complice de la presse technologique traditionnelle. Les grands médias spécialisés, de Wired à The Verge, font l’autruche. Ils sont tellement terrifiés à l’idée de froisser cette meute bruyante et de ne pas paraître du « bon côté de l’histoire » qu’ils valident la censure par omission. Au lieu de dénoncer des dérives sectaires où des fondations entières s’alignent sur des positions politiques extrêmes, ces médias détournent le regard. Ils acceptent tacitement qu’un développeur de talent se fasse détruire sa réputation parce qu’il refuse de signer un manifeste idéologique. Cette lâcheté médiatique nourrit directement la coercition.
Devenir les monstres qu’ils prétendent vaincre
L’aphorisme de Nietzsche s’applique ici avec une précision clinique : « Celui qui combat les monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même ». Il s’agit là de la contradiction logique la plus absolue de leur rhétorique.
Ces dirigeants s’insurgent publiquement contre le fascisme, l’impérialisme et l’oppression, mais quelles méthodes déploient-ils pour imposer leur propre vision ? L’excommunication, les tests de pureté idéologique, la surveillance stricte du langage et la destruction systématique de la réputation de quiconque dévie de leur ligne directrice. Ils substituent à une menace idéologique abstraite une tyrannie bien concrète et documentée.
C’est le piège classique du justicier autoproclamé. Lorsqu’un groupe se convainc que sa cause détient le monopole de la pureté morale, il s’octroie le droit de recourir aux tactiques les plus coercitives pour l’imposer. L’écrasement des droits individuels devient magiquement justifié sous le prétexte du « bien de la collectivité ». Dans les faits, leur modus operandi s’apparente à celui d’une police politique : la soumission totale à la pensée de groupe est exigée, sous peine d’effacement complet de la sphère publique.
Un individu avide de contrôle qui instrumentalise la justice sociale demeure fondamentalement un oppresseur. Si le vernis idéologique change, la mécanique d’écrasement de l’individu par un pouvoir centralisé reste rigoureusement la même. C’est pourquoi toute négociation avec ce type de fanatisme est vaine ; la seule véritable ligne de défense réside dans le rejet catégorique de leur chantage moral et le maintien intransigeant de notre indépendance d’esprit.
Le fork comme mécanisme de légitime défense
Et technologiquement parlant, ce rejet total, ça s’appelle un fork.
La beauté du modèle libre original, c’est qu’il respecte la propriété et les droits naturels à travers sa licence, peu importe les délires de ceux qui essaient d’en prendre le contrôle. L’institutionnalisation de la vertu va fort probablement détruire de l’intérieur des entités comme GNOME ou certaines vieilles fondations, étouffées sous le poids de leur propre pureté militante.
Mais l’ordre organique finit toujours par reprendre le dessus sur le chaos bureaucratique. Face à des dirigeants qui perdent la tête et se prennent pour des inquisiteurs, la réponse des bâtisseurs est limpide : on prend le code, on coupe les ponts et on sacre notre camp. L’avenir appartient aux développeurs et aux administrateurs qui refusent la coercition, qui valorisent le talent brut et qui bâtissent des infrastructures solides, loin des sectes et de leurs dogmes de bas étage.
